30.6.16

Kim Thuy : écrire pour ouvrir les coeurs


Le recueil est chez l'éditeur !

Ce sera un très joli petit livre qui va suivre la voie tracée par ces prédécesseurs en matière de relecture et d'impression.

En attendant, voici une proposition d'écriture inspirée par  une auteure canadienne d'origine vietnamienne : Kim Thuy.
Je l'ai rencontrée. Elle a illuminé la pièce. Sa joie de vivre a éclairé la salle à manger sinon austère.
Elle devait présenter son livre et elle a oublié ! Elle était toute à sa joie de parler des livres, de l'écriture. Elle nous a transmis son bonheur d'être !

Kim Thuy  est née au Vietnam, à Saigon en 1968. A dix ans, elle a fui et fait partie des boat people. Elle s'est ensuite installée à Montréal, où elle a exercé de nombreux métiers. Elle écrivait alors des bribes de textes pour ne pas s'endormir aux feux rouges. Et de ces petits textes est né son premier livre Ru, un best seller !

Voici son dernier ouvrage ....



Notre proposition d'écriture :
décrire en quelques lignes, comme le fait si bien Kim Thuy, un grand-père, une grand-mère ....
" Mon grand-père paternel était diplômé de la faculté de droit de l'Université d'Hanoi à titre d'"indigène".
extrait de Vi le dernier ouvrage de Kim Thuy après Ru qui a obtenu le prix du Gouverneur Général en 2010 et Man publié en 2013.

Pour poster vos textes, utilisez  les commentaires en dessous de cet article ! N'hésitez pas ! Nous allons ainsi faire écho à la joie de vivre de Kim Thuy.

A bientôt

Une plume


23.5.16

Le palmarès




Notre concours a compté 85 inscrits, nous avons reçu 70 textes, également partagés entre jeunes et moins jeunes !
Les jurys ont délibéré, longtemps, pour équilibrer les deux catégories et voici le palmarès ! Merci de votre patience !

                                                              Catégorie adultes

Premier prix :                         L'ingénue libertine d'Andrée Jacquet

Viennent ensuite dans l'ordre du classement :

La jeune fille aux bottines rouges de Florence Day
L'envers du monde de Magali François 
Une œuvre d'art de Bernard Marsigny
Sur les bords de Marne de Delphine Fradin
Frida et moi de Nicole Bouissou-Cresson

                                                              Catégorie Juniors

Premier Prix :                         La petite fille du Louvre de Melina Chometton

Suivent dans l'ordre du classement :

Sage comme une image de Manel Rault
La misère d'un génie de Tom Kalis
Une statue au charme envoutant d'Adriana Shori
Le secret de Leonard de Juliane Roussel

Bravo aux nombreux participants de l'Isère !

Prix spécial du Jury :
L'amourose texte écrit par Maureen Krier, Louise Essertel, Samir Nouicer et Oussama Bahi,
élèves au LCP Roosevelt à Mulhouse.

Le recueil  composé de ces douze textes va rejoindre notre éditeur. Des modifications de détail seront éffectuées et validées par les auteurs avant la mise sous presse.

Merci à tous nos jurys qui, pour la deuxième année parfois, officient dans l'ombre.

Bravo aux lauréats !

Nous nous retrouverons dans quelques semaines pour un article sur l'écrivaine canadienne Kim Thuy avec une proposition d'écriture en ligne.

Les plumes !







24.3.16

Enfin des nouvelles !




Bonjour à tous,

Mais nous ne vous avions pas oubliés !

L'association est lancée, si vous voulez adhérer, envoyez-nous un mail !

Le concours est fini ... nous avons reçu 60 textes. Les juniors ont affirmé leur présence avec leur propre catégorie. Bravo aux collèges de l'Isère qui ont concouru en nombre !

Les jurys ont commencé leurs évaluations.
Si certains sont tentés par une expérience de jury, faites vous connaître !
Les résultats ne seront pas publiés avant fin avril, début mai.

Nous pensons reprendre la série des maisons d'écrivains avec une écrivaine montréalaise qui nous est chère : Kim Thuy.
La proposition d'écriture portera sur le fragment.

Nous voudrions organiser une bourse de relecture pour nouvelles et textes longs. Qui voudrait participer ? Les réponses peuvent suivre l'article en commentaires !

Pour les intéressés, les amis, faire des cadeaux, le recueil écrire au musée est en ligne sur le site des éditions Christophe Chomant. Le lien est le suivant :
http://chr-chomant-editeur;42stores.com/product/lumes-d-ici-et-d-ailleurs-ecrire-au-musee

Merci Joanna pour votre intervention très efficace auprès de l'éditeur !

Une de nos écrivaines de l'an passé, Karine Guiton a publié un premier album jeunesse :
Les tourterelles  pour les plus de 4 ans avec les jolies illustrations de Maureen Poignonec
aux éditions La Palissade
le lien est le suivant http://lapalissade.fr/catalogue/les tourterelles/

Bravo Karine !


A bientôt et joyeuses Pâques à tous et toutes !

les plumes

17.11.15

Notre concours


Dernières heures pour s'inscrire à notre concours ! 
Les inscriptions seront closes le 31 décembre à minuit !
Bonne inspiration !
Que les portraits vous inspirent de belles nouvelles !
A bientot !

Meilleurs vœux à tous !



3.9.15

Rentrée



 L'association Plumes d'ici et d'ailleurs 

vous invite à de nouveau  écrire au musée pour  la deuxième édition de son concours. 

Nous avons repoussé le date pour les inscriptions !
Vous avez jusqu'au 31 décembre 2015  et pour envoyer vos textes jusqu'au 31 janvier 2016 !

Belle écriture à tous


 Anne de J.Timmery 2005 collection particulière

La thématique de ce concours le  portrait. Photos, tableaux, sculptures, le choix est vaste, les œuvres devront être exposées dans un musée, une galerie, un centre culturel ou tout autre lieu public.
Nous aurons deux sections en 2016 :
Un concours, réservé aux jeunes auteurs de moins de 25 ans. Récits, poèmes, tous les genres sont autorisés. Des textes courts : pas plus de 4000 signes !
Pour le concours adultes, le thème est identique  : portraitsLes nouvelles ne devront pas excéder 9000 signes, espaces comprises. 

Ce choix fait référence à l'exposition Elisabeth Vigée-Lebrun organisée successivement en septembre au Grand Palais à Paris et début 2016 au musée des beaux arts d'Ottawa. 

Pour plus d'informations cliquez sur notre page Concours écrire au musée !

                                                        A vos plumes ! 

Plumes d'ici et d'ailleurs 


10.8.15

Il est là ...

Notre recueil est là sur ma table. Bravo et merci à tous !


 
 
 
Il est votre réussite ... après des mois de travail, d'écriture, de lecture, de relecture...
 
Il est fait main par un éditeur façonneur ! Un peu moins cher que prévu 18,50 € au lieu de 22 €  mais les frais de port  compensent et nous avions prévus une petite marge pour les envoyer partout dans le monde !
 
 
L'autre bonne nouvelle : la prochaine naissance de notre association " Plumes d'ici et d'ailleurs".
 
 
Et très bientôt, le thème de notre prochain concours  autour de la même thématique "écrire au musée"
entre France et Canada sera annoncé. La nouveauté : un concours réservé aux plus jeunes !
 
C'est encore top secret !
 
 
Passez un bel été et à très très bientôt !
 
 
Votre plume 

29.5.15

Giono, l'écriture de la Provence


Le printemps en Provence
un régal pour les peintres et les écrivains !

Nous vous présentons, grâce à Martine Estrade :

Jean Giono (Manosque30 mars 1895 - « Lou Paraïs » à Manosque9 octobre 1970) est un écrivain et un scénariste français, d'une famille d'origine piémontaise. Un grand nombre de ses ouvrages a pour cadre le monde paysan provençal. Inspirée par son imagination et ses visions de la Grèce antique, son œuvre romanesque dépeint la condition de l'homme dans le monde, face aux questions morales et métaphysiques et possède une portée universelle. La Provence que Giono déploie est une Provence hallucinée: «  ses paysages sont fabriqués de plusieurs matières : des prairies et du papier, des rochers et des songes, des sources vives et des alphabets » ( J-L Caribou).

Sa maison, La  Margotte, achetée en 1942 avec les droits d’adaptation cinématographique
de son oeuvre par un producteur, était cultivée par le fermier de Giono et l’écrivain s’y
rendait par autocar ou à vélo depuis Manosque et ravitaillait grâce à elle une tablée d’une
dizaine de personnes pendant la guerre. Il y séjournait pour écrire et se promener depuis sa
chambre à l’étage  bénéficiant d’une belle vue sur ses terres, les collines proches et les
Grandes Alpes dans le lointain. Mais ce qu’il voyait surtout de sa fenêtre c’était un très beau
chêne (aujourd’hui foudroyé) et un autre qui existe encore en contrebas de la ferme d’une
beauté et d’une ampleur de ramure exceptionnelle. il avait confié à son fermier » Je souhaite
qu’on ne l’abatte jamais même après ma mort ».
Notre jeu d'écriture :
Décrire un paysage en le faisant vivre par les couleurs, les odeurs, les bruits et même les
goûts qu'il suggère.
Martine Estrade
Odile Zeller



19.5.15

Notre quatrième et dernier extrait



Un dernier extrait à lire ... Les livres sont sous presse, encore un peu de patience et nous les aurons en main.

En attendant un extrait de Un peu plus loin à gauche d'Alix Torloi, une nouvelle inspirée par le tableau de Cézanne La route à Auvers-sur-Oise exposé au Musée des Beaux Arts du CanadaBravo Alix!

Ce texte termine nos extraits avec une double référence au Canada et à un peintre français. Nous opérons une vraie plongée dans le tableau...

Nous reprendrons ensuite notre exploration des maisons d'écrivains par celle de Giono en Provence, une introduction à l'été.

Voici l'extrait :

Quelques chaumières, à gauche et au fond. Elles ne datent pas d’aujourd’hui, se dit Julie, puis regarde le cartel. Oui, en effet, 1873-1874! C’est sans doute un petit village de campagne? Il y a un quelques arbres sur la droite, d’autres au lointain, et des touffes d’herbes gorgées d’eau. Les branches n’ont plus de feuilles, mais il fait encore relativement beau. Avec une atmosphère de fin d’automne, un je-ne-sais-quoi un peu plus sombre qui annonce la fin d’après-midi. Et surtout, au centre, ce chemin un peu boueux.
C’est une route de terre qui serpente, avant de dévier vers la gauche après la dernière maison. Mais qu’y a-t-il au bout ? C’est cela qui interpelle Julie, ce qui l’irrite, même. Comme un besoin impérieux de savoir ce qui se trouve au bout du chemin, lorsqu’il oblique. Elle se penche un peu à droite, pour essayer de mieux percevoir, mais la dernière maison bloque décidément la vue. Elle plisse les yeux, se concentre – un sentiment d’urgence la prend, comme s’il y avait quelque chose d’extrêmement important, de vital, à décrypter…C’est l’odeur qui étonne soudain Julie. Une forte odeur de feuilles humides et de bois, mêlée aux senteurs plus riches et grasses de la terre. Une odeur qui prend au nez. Son cœur bat si fort qu’elle le sent palpiter dans sa gorge, et se retourne pour vérifier : mais elle l’avait déjà compris. Elle est dans le tableau, sur la route de terre qui serpente. Elle entend des poules caqueter, vraisemblablement le poulailler d’une maison voisine, et voit ce qu’elle ne distinguait pas avant : la chaumière sur sa gauche se prolonge et il manque quelques tuiles. 



Bonne lecture !
A bientôt !

Odile Zeller








13.5.15

Notre troisième extrait



Bonjour à tous  


Voici le Coup de cœur du Jury !

Le célèbre peintre américain Edward Hopper est pour les ateliers d'écriture une source de proposition d'écriture. La vie nocturne évoquée dans le tableau "Nighthawks" a servi par exemple de déclic au roman "L'arrière saison" de Philippe Besson. La récente rétrospective parisienne a largement contribué à ce nouvel engouement pour son œuvre.

Voici un extrait de la nouvelle "Devant Office at night " de Claude Hiblot. Un dialogue vif et rapide sert de trame à la nouvelle. Je ne vous en dis pas plus et vous en souhaite une bonne lecture en avant première de notre recueil !
[…] t’iras pas chanter partout que les Frenchies ne savent pas recevoir, hein ! Tiens mon gars… camembert affiné, au lait cru, rillettes, saucisson à l’ail, jésus, rosette… et de la vraie, rien à voir avec vot’charcuterie US javellisée. Tu vas te régaler… Dis-voir, pour un cow-boy, tu parles vachement bien. Et sans accent. D’jà venu à Paris ? T’as appris où ? 
— Je n’ai pas appris. Il m’a peint comme ça. Hopper parlait français. À l’atelier, il déclamait du Baudelaire. Avant de sauter du tableau je ne me savais pas bilingue. Il m’a peint à son image. Génial ! Hopper était amoureux de la France et du français... »

A bientôt pour un dernier extrait !

Odile Zeller

7.5.15

Notre deuxième extrait


Notre  deuxième extrait :
Le prix spécial Jeunes décerné à Joanna Blin pour sa nouvelle
Eclats par touches jaunes. L'œuvre évoquée est "La tristesse du roi" d'Henri Matisse exposée au Centre Pompidou.

Joanna nous donne à lire une nouvelle poignante sur le deuil. Merci et bravo Joanna !

Voici l'extrait :



C’est la première fois que j’entre dans un musée. C’est étrange. Bruyant. Tellement coloré. Je me laisse guider. Les tableaux et les sculptures s’enchainent, je ne pensais pas apprécier autant cet amas de lignes et de touches. Je me sens glisser, emportée dans une sorte de rêve. Soudain, le cartel d’un tableau accroche mon regard. Je me tiens face à la toile. J’ai l’impression d’être devant un miroir. Qui me rejette à la figure ma triste réalité. Le roi est triste. Mon père est triste. Il est vêtu de noir. Ses larmes s’échappent et tourbillonnent autour de lui. Il est assis, recroquevillé sur lui-même. Serrant contre sa poitrine les vestiges de la passion de ma mère. Plus jamais elle ne chantera. Ni ne jouera. Ma vie n’est qu’éclats de verre, brisures.

30.4.15

Le premier extrait et une bonne nouvelle !


Le premier extrait et une bonne nouvelle !


Le recueil est prêt à être imprimé ! Il faudra encore plusieurs semaines pour le voir !

Voici un extrait de notre premier prix, Anaël Solat,  avec sa nouvelle : Écouter la couleur.

Le tableau qu'évoque la nouvelle est une œuvre de Mark Rothko intitulée Untitled (Black, Red over Black on Red) exposé au Centre Pompidou. 

Bravo Anaël ! Bonne lecture !



«- Allez Charlotte, on ne va pas y rester des heures, viens, il y en a d’autres à voir! 
- Attends! J’aimerais comprendre. 
- Mais il n’y a rien à comprendre, c’est simplement de la couleur. 
- Je sais, mais j’essaie de ressentir quelque chose en le regardant, je ne sais pas quoi en penser. Tu crois qu’il est beau ou pas? 
- Je ne sais pas, je le trouve plutôt intéressant, mais il ne me touche pas plus que ça, je trouve qu’il manque quelque chose, peut-être une troisième couleur, ou plus de mouvement dans les formes, il est trop figé… mais j’aime la saturation de la peinture, ça lui donne une autre dimension je trouve. 
- Oui mais concrètement, il est beau ou pas? 
- Concrètement? Mais l’art n’a rien de concret, c’est à toi de voir si tu aimes ou pas. 
- Alors je n’aime pas… parce que je ne comprends pas.»



21.4.15

Rencontre avec Nancy Huston

Dans le cadre du Ottawa International Writers Festival, qui commence officiellement demain, on offrait la possibilité de rencontrer  Nancy Huston, de passage au Canada pour recevoir le Prix Metropolis Bleu (voir article) et faire la promotion de son dernier livre Bad Girl. Isabelle Lalbin y était et nous raconte.

Ottawa International Writers Festival
Nancy Huston
La rencontre a lieu au Centre National des Arts d'Ottawa, dans un espace vitré, avec vue sur le foyer. Plusieurs rangées de chaises ont été alignées devant une petite estrade sur laquelle on a placé deux chaises et une table à café éclairées par un spot. On devine tout de suite que la rencontre sera intimiste. D’ailleurs, il n’y pas foule en ce lundi soir pluvieux. Une majorité de femmes d’un certain âge et quelques rares jeunes étudiantes forment un public épars d’au plus 40 personnes.

Nancy Huston est assise au premier rang et attend discrètement qu’on la présente. Une fois à la tribune, elle nous fait la lecture d’un passage de Bad Girl, après avoir présenté succinctement les trois personnages principaux : le père, Kenneth, la mère, Alison, et l’enfant à naître, Dorrit. Puis, elle se lance dans le texte de sa voix chaude et mélodieuse. Une très belle lecture, vivante, vibrante, avec des sonorités différentes suivant les personnages et un ton intimiste qui colle parfaitement au sujet du texte. Il y a de la poésie, de grandes vérités et même de l’humour… En quelques lignes, on est plongés dans ce récit et quand cela finit, on est convaincu qu’on lira la suite.


« Ce qu’il faut comprendre des femmes de cette génération, la première à naître après l’arrivée du suffrage féminin en Amérique du Nord (1920), c’est qu’elles croyaient possible de tout réconcilier. Aujourd’hui, plus personne ne le croit.
   Hélas, tandis qu’on élevait les filles à la fois comme des filles et garçons, on continuait à élever les garçons comme des garçons.»


« Et ce qu’il faut comprendre d’Alison en particulier, c’est qu’elle aimait tout, mais alors vraiment tout, et de tout cœur. Elle aimait jouer du piano et planter des légumes et se maquiller et confectionner des tartes et lire des livres de psychologie et de critique littéraire et assister à des concerts de musique classique et participer à des conversations spirituelles, et sans doute aurait-elle-même raffolé d’être mère et ménagère, si on ne lui avait pas intimé l’ordre de s’en contenter.
   Hélas, elle était en avance sur son temps.»


Puis, la présentatrice, Catherine Voyer-Léger, interview l’écrivaine. En voici les thèmes principaux que j’ai retenu à votre intention, presqu’encore à chaud :

L’utilisation du tutoiement dans ce récit – Nancy Huston préfère le terme de roman à celui d’auto-fiction, bien que plusieurs éléments de sa vie personnelle y soient mis en scène. Ce n’est pas la première fois qu’elle utilise le tutoiement ou le vouvoiement (2e personne) dans ses textes. Cela lui est plus naturel et lui vient certainement de ses premières expériences d’écriture, des lettres à sa mère. Il permet une distanciation de plus, l’écriture étant toujours la première.

L’exil (par choix) : on lui parle souvent de ce thème et cela l’occupe plus maintenant après 40 ans d’exil. Au début de l'exil, on fait tout pour oublier d’où on vient, on apprend tout de la société d’accueil… et puis cela vous rattrape. Revenir à sa langue maternelle lui semble essentiel pour approcher l’émotion, pour toucher. Elle se sent étrangère en France, se reconnait dans cette position et est à l’aise dans la multiplicité et le bilinguisme. Écouter les histoires des autres, agir comme un buvard, cela la nourrit et lui plaît.

Le thème de la famille : on lui demande souvent pourquoi la famille est un de ses thèmes romanesques de prédilection et elle répond toujours : Y en a-t-il d’autres? « Nous ne tombons pas du ciel, mais poussons sur un arbre généalogique », écrit-elle dans Bad Girl. La famille, c’est le lieu de l’apprentissage de l’humain. Les souvenirs d’enfance, même les plus épars sont constitutifs, ce sont les perles d’un rosaire que l’on laisse glisser sous les doigts, encore et encore, explique-t-elle. Elle pense que les aïeuls finissent par avoir plus de poids que notre formation universitaire car l’histoire familiale relève également de l’esprit. Faire des enfants est une profonde leçon de modestie. Ils apportent du positif mais aussi du négatif. Nous avons un soi chromosomique sur lequel se greffent des fictions.

La place de l’animal : la place des animaux dans la vie des hommes change. L’homme se distancie de plus en plus du monde animal. Pourtant, notre partie animale demeure. Nous avons des moments animaux : naissance, puberté, mariage, mort. Il est curieux de constater que ces moments animaux correspondent également aux moments les plus spirituels de nos vies [silence éloquent dans la salle].

Le féminisme : il s’agit aussi d’un thème central chez Nancy Huston, qui répond pourtant s’intéresser plus aujourd’hui à la masculinité. Elle explique : au cours des derniers millénaires, les femmes ont systématiquement choisi les hommes les plus susceptibles de survivre pour en faire les pères de leurs enfants. Ce faisant, elles ont sélectionné la violence, la force, les habiletés de survie avec le résultat qu’on constate dans le monde. On ne peut pas changer ces gènes en quelques centaines d’années et renverser cette situation.

La rencontre s’est terminée par une séance de signatures et un échange personnel avec ceux qui le désiraient. Une très belle et inspirante soirée… qui s’est poursuivie une fois rentrée chez moi dans la lecture de Bad Girl, dont le montage, par brefs chapitres, donne un rythme et un souffle particulier, presqu’animal, à ce récit d’une naissance. Celle de Dorrit mais encore plus bouleversant, celle d’une écrivaine.