21.7.17

Un lieu pour rêver

Plongez dans vos souvenirs et retrouvez un lieu où vous aimiez passer. La boulangerie, l'épicerie, la cour de l'école, le jardin du voisin avec ses cerisiers... en fermant les yeux vous retrouverez les couleurs, les odeurs et vous pourrez écrire ....

Dessin d'Armelle Bourgeault dans bouts du monde 2014 

Une boulangerie de Cork 
Le bleu m'a plu 

A vos plumes et à demain pour une autre aventure ! 

Les plumes 


11 commentaires:

  1. C'est une cabane dans un terrain vague, quelques planches et un toit de tôle. Il était interdit de traîner par la. Pour ne pas se blesser ... mais nos parents n'insistaient pas. Elle etait à l'orée d'une peupleraie et quand je ne rentrais pas dedans pour m'abriter j'écoutais le bruit du vent dans les feuilles des arbres, une harmonie douce ou furieuse. Il n'y avait rien dedans, elle etait ouverte à tous vents. Nous en avions une autre, approuvée par les parents où nous gardions quelques assiettes et quelques verres ... notre chez nous mais ce n'était qu'un lieu de rendez-vous pour nos expéditions dans les bois. Celle ci, l'interdite, était mon refuge dans la détresse, la colère. Son côté vétuste, rebelle, dégradé convenait bien aux grandes émotions, aux larmes et aux cris, quand je voulais disparaître. Pas loin j'avais trouvé un fut de colonne gallo-romaine, trop lourd pour être transporté. C'était ma trouvaille et je m'en inquiétais quand le terrain vague devint constructible. J'étais plus vieille et j'avais trouvé d'autres refuges, les livres, la bibliothèque. Personne ne semblait s'émouvoir de la disparition de la cabane ou du kiosque en ruines, plus loin dans les hautes herbes. Comme je protestais, je m'aperçus que tous connaissaient l'endroit et que me cachette avait servi à tout mon entourage et aux voisins. C'était curieux de comprendre que mon grand secret n'en était pas un, que l'endroit de mes révoltes, à deux pas de la maison était connu de tous. Une petite déception, une note de réalisme, la satisfaction aussi de reconnaître que mes parents n'étaient pas aussi indifférents, aussi égoïstes que je le croyais enfant. De la vient peut être ce goût des cabanes dans les arbres. J'en aurais volontiers une mais le prix .... et cette réflexion d'une amie qu'une vraie, on la construit soi meme ... ce qui n'a pas de prix !

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    1. Commentaire réédité ci-dessous ! Erreur de manipulation !
      Les plumes

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  3. L'enseigne s'apercevait de loin.
    Elle était l'unique boutique de ce tronçon de rue.
    Sa vitrine capturait le regard du passant et fascinait l'enfant que j'étais.
    Lorsque je franchissais la porte, j'entrais dans un nouvel univers composé de couleurs et de textures. Même l'odeur était particulière.
    Dès l'entrée, j'étais happée par de grands présentoirs où se déroulaient les rubans, grain plus ou moins gros, unis, à pois, à fleurs, en velours...
    Derrière le comptoir, un meuble immense aux nombreux tiroirs dont chacun était orné de ce qu'il contenait : pressions, boutons ronds, carrés, imitation bois, en couleur, de tous les diamètres.
    Au fond, le coin plus sombre était réservé aux tissus. Une grande table permettait de les mesurer et de les couper. Quelques paires de ciseaux traînaient ça et là. Un peu partout des mètres en bois étaient posés contre les étagères.
    Quoi que l'on cherche, la mercerie le possédait.
    Ma grand-mère était couturière, habituée du lieu. Je l'y accompagnais souvent avec bonheur mais toujours aussi un peu intimidée, comme lorsque l'on pénètre dans un lieu sacré. J'aimais toucher les matériaux, la regarder choisir la laine qu'il lui fallait, le fil qu'il lui manquait, l'aiguille dont elle avait besoin.
    Et surtout, j'avais une passion dévorante pour les boutons dont j'avais secrètement commencé la collection...

    Magali


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    1. La découverte se fait graduellement et le métier de la grand mère donne la clef de cette passion enfantine

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  4. C'était un très grand jardin, immense à mes yeux d'enfant. J'y ai découvert le monde. Au cours des années, à chaque retour, je ressentais la même excitation, la même joie car pour moi c'était le paradis retrouvé. J'y oubliais les problèmes familiaux. Je prenais l'allée centrale bordée de ceps de vigne. Raisins blancs d'un côté, raisins noirs de l'autre. Je grapillais au passage les grains les plus mûrs qui craquaient sous la dent, le jus giclait au palais. Au-delà des figuiers, les pruniers dont l'écorce secrétait une sorte de résine qui en durcissant prenait les couleurs de l'ambre. Le vieil amandier, puis les longues branches du noyer. De chaque côté de l'allée, le potager où l'on trouvait tout, vraiment tout. Les plants de légumes étaient interrompus à intervalles réguliers par des fleurs que l'on portait au cimetière le samedi, des marguerites, des zinnias, des oeillets odorants. Il y avait même des lys blancs pour la tombe du petit.
    Le puits sous la treille était une étape importante. En fin d'après-midi je pompais l'eau pour aider Tatie à l'arrosage. J'aimais sentir l'odeur de la terre mouillée. Tout autour il y avait les magnifiques pivoines roses qui plaisaient tant à Mémé Jane. Son visage au sourire si doux me manquait.
    Au fond du jardin la limite à ne pas dépasser, le fossé. Mais comment résister à l'appel des prés où l'on pouvait courir à perdre haleine et... du grand cerisier aux branches faciles à escalader, avec cependant la crainte du chien que la propriétaire n'hésitait pas à lâcher. Mais le danger était excitant et les cerises n'en étaient que plus délicieuses !
    Janine

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    1. Un texte très précis et la visite en est très agréable merci

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  5. Hotel Tanjung Sari Bali : un nuage entre deux bruits d’eau
    Le bar de l’Hotel Tanjung Sari, une fin d’après-midi, sur la plage de Sanur, à Bali, quelques tables basses,’un comptoir en forme de serpent, sous un pavillon de jardin au toit pyramidal en fibres de palmier, un toit semblable à celui de tous les temples de l’île qu’on appelle à Bali, les balés, ouvert sur la plage, sans muret de protection. Des statues antiques de divinités balinaises circonscrivent l’espace.
    A la tombée de la nuit , le vent de la mer s’est calmé celui de la nuit n’est pas encore installé, l’odeur des fleurs du frangipanier flotte. On entend le grondement de la mer sur la barrière de corail,. Quelques tourterelles roucoulent. Des capucins de rizières s’abreuvent dans les bassins de lotus.
    En costume cérémoniel, sarong de soie rouge sur une jupe de batik brun veste blanche et turban rouge , un serveur élancé porte un plateau de thé sur l’épaule le pose délicatement sur la table voisine . il se meut comme une ombre , silencieux . Il sourit, joint les deux mains vers le ciel, et s’incline devant l’unique cliente à cette heure, une habituée . Un « Ginger tea. », une infusion de gingembre, les effluves annoncent le goût puissant.
    Le comptoir du bar est à peine éclairé de lampes aux abats-jours en cloches de temple , koulkouls peints de figurines jaunes .La lumière incertaine prête aux statues des mimiques grotesques. Sous la raie lumineuse , les offrandes de fleurs sont disposées en pyramides : œillets d’inde orange ,fleurs de frangipaniers blanches , corolles rouges d’hibiscus., feuilles de palmier découpées érigées. Les couleurs rituelles des offrandes balinaises éclatent dans l’ambiance tamisée. Au-dessus du Bale de la bibliothèque, un arbre à feuilles rondes caoutchouteuses démesuré , plus large que haut ignore le ciel et s’élance en troncs horizontaux jusqu’au milieu de la plage vers la mer et la déesse, et vers le Mont Agung, le volcan où demeurent les esprits des ancêtres. A Bali, arbres et êtres vivants appartiennent aux dieux.
    Dans la piscine, près du bar , coule une fontaine. Le bruit du jet d’eau fait un écho rassurant à celui des vagues.
    La nuit tropicale est tombée , noire . La lune est ronde dans un ciel voilé Entre les deux bruits d’eau, le Tanjung Sari se voile de son intimité et de son silence, comme un nuage.
    Martine

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    1. Paysage enchanteur, odeurs envoûtantes et couleurs douces sous clair de lune ! Merci

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  6. (La cuisine de mon enfance partie 1/2)

    La cuisine est petite mais les souvenirs immenses. La pièce a beau être vide, j’entends, je vois, je sens, et je me souviens.

    Dans le tiroir de la table, à ouvrir avec moult précautions, un tire-bouchon, une collection de boutons, un distributeur vide de bonbons Pez, trois dés de tailles différentes, un jeu de cartes incomplet, des élastiques distendus, des billes translucides, un crayon de bois mâchonné, des feutres sans bouchons, des bouchons sans feutres, une vieille pipe, une manique à fleurs, un couteau à huîtres, quelques centimes (de francs, pas d’euros) et des punaises rouillées. Mon enfance était faite de surprises.

    Dans le vaisselier, six verres à porto, douze bols dont un breton, des verres à moutarde Candy, Goldorak et Tom Sawyer, un pichet en grès, des assiettes, plates, à soupe et à dessert, ébréchées pour certaines, blanches et décorées des mêmes fleurs fanées, enfin j’imagine qu’on dit plutôt décolorées, mais je me souviens que petite, je me demandais pourquoi on me versait ma soupe sur des fleurs défraîchies et ça m’intriguait beaucoup. Les mystères de mon enfance.

    Dans mes oreilles, provenant du tourne-disques installé de façon tout à fait insolite sur un guéridon, dans le coin au fond à gauche, à côté de la gazinière, du Charles Trenet, du Léo Ferré, du Georges Brassens à longueur de journée. Dans le porte-parapluie à côté de la porte d’entrée, dans la véranda, une canne en bois sculpté. J’entends encore les rires de Clémentine, la brandissant telle un sabre en hurlant Un cavalier… qui surgit hors de la nuit !! avant de se la faire faucher par Dominique, pas peu fier de tracer le fameux Z sur ma poitrine. Avec le temps, je me dis que la joie qui dit bonjour aux hirondelles, incarnée par les rires des enfants - des copains d'abord avant d'être des cousins - c’est ça, la musique de mon enfance.

    Dans le placard, sur les étagères recouvertes de toile cirée un peu collante, des paquets de biscuits, cigarettes russes, petits beurres, sablés, et une collection invraisemblable de sirops, pour plaire à tous les petits-enfants. Citron pour Clem, menthe pour Dom, grenadine pour Jean et pour moi, c’était fraise. Le goût de mon enfance. Il y a bien vingt ans que je n’ai pas bu un sirop à l’eau.

    Dans un grand cadre doré sur le mur du fond, une photo de mariage, en noir et blanc ; la vitre est un peu fendue, je le sais, c’est moi qui l’ai cassée un après-midi de juillet alors que je jouais à la balle, pourtant c’était interdit à l’intérieur de la maison mais il pleuvait, alors voilà. Une des (nombreuses) bêtises de mon enfance.

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  7. (La cuisine de mon enfance, partie 2/2)

    Dans le buffet, dans une boîte qui sent la naphtaline, le gouffre de mon enfance. Elle abrite, soigneusement pliées, la robe de baptême de Jean, l’aube de communiant de Jean, et s’il n’y a pas le costume d’entrée en sixième de Jean, c’est parce que Jean a été enterré avec. Il paraît qu’il faut faire porter aux morts leurs plus beaux habits, sinon ils ne vont pas au Paradis. A côté de la boîte, l’album de famille. On y voit maman, bébé dans son berceau, enfant sur une balançoire, adolescente en mobylette, et jeune fille au bras de papa à leur mariage. Ma naissance. Au-dessus de ma photo il est écrit« Elsa, 10.12.1976 », avec un petit coeur. Celle de ma soeur Clémentine, vous la connaissez peut-être, elle joue dans des séries télé et elle est passée dans The Voice l’année dernière. Il y a bien sûr le frère de maman, qui est aussi mon parrain, Alice, sa femme, et les photos de Jean, et puis celles de Dominique, mon plus jeune cousin, qui est arrivé après Jean et que mon grand-père voulait qu’on appelle René, comme lui. Il disait que c’est comme ça qu’on appelle un enfant qui arrive comme un miracle après le départ d’un autre. Finalement Pépère est mort avant la naissance et le petit s’est appelé Dominique René Désiré.

    Dans l’air, un mélange d’eau de Cologne, de chèvrefeuille, d’huile de friture, de vinaigre blanc, de savon de Marseille, avec une touche d’oignon, ça sent bizarre mais c’est l’odeur de mon enfance et je ne l'ai retrouvée nulle part ailleurs.

    Enfin, dans le Voltaire usé à côté de la table, face à la télé, droite comme un i, ses lunettes sur le bout du nez et portant son sempiternel tablier : Mémère. C’est simple, je ne l’imagine que là. Pas dans son gros lit en bois dans lequel elle mourra pourtant pendant son sommeil, sur son matelas rapiécé (camouflant ses bas de laine remplis d’or, mais ne le dites à personne) sous son édredon en plumes. Pas non plus debout dans son cabinet de toilette à la tapisserie fleurie qui se décolle dans les coins. Pas plus que dans le poulailler à ramasser les oeufs qui arrivent en toute régularité, quatre par jour, un par poulette rousse - seule la noire joue les fainéantes. Quand je ferme les yeux, j’entends, je sens et je vois Mémère, assise dans son éternel fauteuil, comme s’il était greffé à elle, à plumer des canards, regarder Questions pour un champion, boire son petit porto, remplir sa grille de mots croisés, faire sauter son dernier petit-fils sur ses genoux ou tout simplement… me sourire. Ce sourire-là inonde aujourd’hui de lumière la cuisine vide, car il est le soleil de mon enfance.

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